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 mai et juin 40, massacres des Tirailleurs Sénégalais

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GS.59
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MessageSujet: mai et juin 40, massacres des Tirailleurs Sénégalais   Ven 8 Juin 2012 - 8:47


Il ne faudra pas attendre le front de l'Est ou Oradour pour découvrir le racisme de l'Allemagne hitlérienne.
Les nazis qui ont déjà montré en Pologne comment ils faisaient la guerre, ont massacré entre mai et juin 1940, des milliers de Tirailleurs Sénégalais, simplement parce qu'ils étaient noirs.
Toutes les horreurs sont au rendez-vous: exécutions sommaires d’une balle pour les plus chanceux, blessés achevés, soldats carbonisés vivants au lance-flammes, soldats couchés alignés broyés pas les chenilles d’un char…

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En ces temps difficiles, il convient d'accorder notre mépris avec parcimonie, tant nombreux sont les nécessiteux.Citation de François René, vicomte de Chateaubriand  [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
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Gustite
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MessageSujet: Re: mai et juin 40, massacres des Tirailleurs Sénégalais   Ven 8 Juin 2012 - 14:37

C'est une tragédie pour ces hommes et pire cela se reproduira par des troupe Française en décembre 1944 au camp de Thiaroye prés de Dakar, où plus de 1000 soldats démobilisés seront "massacrés".
Sad

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Salutations amicales
Didier
«Il n'y a que deux puissances au monde, le sabre et l'esprit: à la longue, le sabre est toujours vaincu par l'esprit.»NAPOLEON
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GS.59
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MessageSujet: Re: mai et juin 40, massacres des Tirailleurs Sénégalais   Ven 8 Juin 2012 - 22:48

Gustite a écrit:
C'est une tragédie pour ces hommes et pire cela se reproduira par des troupe Française en décembre 1944 au camp de Thiaroye prés de Dakar, où plus de 1000 soldats démobilisés seront "massacrés".
Sad


Je ne connais pas cette histoire, peux-tu nous en dire plus ?

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thegate ( Gaétan )
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MessageSujet: Re: mai et juin 40, massacres des Tirailleurs Sénégalais   Sam 9 Juin 2012 - 4:06

oui je veux en savoir +

thegate

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Cordialement thegate
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Daniel Laurent
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MessageSujet: Re: mai et juin 40, massacres des Tirailleurs Sénégalais   Sam 9 Juin 2012 - 7:19

Bonjour,

Le massacre de Thiaroye
Par Armelle Mabon


Les combattants « indigènes » faits prisonniers par les Allemands en juin 1940 sont – pour le plus grand nombre – internés en France dans des frontstalags et non en Allemagne (près de 70 000 prisonniers en 1941).
les Allemands ne veulent pas les garder sur leur sol de peur de contamination raciale. Le 21 novembre 1944, 1 280 tirailleurs débarquent à Dakar pour être immédiatement transportés à la caserne de Thiaroye par camions .
Conformément à la volonté du ministre des Colonies, les anciens prisonniers doivent être rapatriés le plus rapidement possible dans leurs villages et ventilés selon leur territoire d’origine. Cinq cents hommes doivent prendre le train pour Bamako le 28 novembre. En métropole nombre de formalités préalables – habillement, paiement des rappels de solde de captivité, remboursement des livrets de caisse d’épargne, examen des droits à avancement, vérification des grades FFI – n’ont pas été remplies. Les opérations s’en trouvent singulièrement compliquées. Les cinq cents hommes en partance pour Bamako, n’ayant pas obtenu satisfaction sur le règlement administratif de leur temps de captivité, refusent de prendre le train.

D’après les archives, et selon la réglementation en vigueur au moment de leur départ de Morlaix, ils n’ont perçu qu’un quart de leur rappel de solde et on leur a promis qu’ils toucheraient le complément une fois arrivés à Dakar. Le général commandant supérieur étant en tournée, c’est le général Dagnan, commandant la division Sénégal-Mauritanie qui entame les palabres, alors que sa voiture est bloquée par les tirailleurs.
Zonguo Reguema du Burkina Faso, témoin direct de la tragédie de Thiaroye se rappelle que, contrairement à ce qui leur a été promis, le général leur annonce qu’ils ne seront pas payés à Dakar mais dans leur cercle . Dans son rapport écrit après la mutinerie, le général Dagnan indique qu’il leur a promis d’étudier la possibilité de leur donner satisfaction après consultation des chefs de service et des textes. Sur cette ultime promesse, les tirailleurs le laissent partir après qu’il eut exprimé sa satisfaction personnelle d’ancien prisonnier de les revoir. Bénéficiant d’un congé de captivité, il a quitté l’Allemagne en 1941 « pour lever, instruire et mettre sur pied les belles unités sénégalaises ».
Mais la conviction du général Dagnan est formelle : le détachement est en état de rébellion, le rétablissement de la discipline et l’obéissance ne peut s’effectuer par les discours et la persuasion . Se considérant pris en otage, il met sur pied une démonstration de force militaire pour impressionner les anciens prisonniers de guerre. Le général commandant supérieur de Boisboissel, revenu de tournée, donne son accord pour une intervention le 1er décembre au matin à l’aide de trois compagnies indigènes, un char américain, deux half-tracks, trois automitrailleuses, deux bataillons d’infanterie, un peloton de sous-officiers et hommes de troupes français .
Le bilan officiel est de vingt-quatre tués, onze décédés des suites de leurs blessures, trente-cinq blessés, quarante-cinq mutins emprisonnés . Du côté des forces armées, on déplore un tirailleur blessé et trois officiers contusionnés. Roger Bokandé, tireur d’élite du bataillon de Saint-Louis appelé pour cette opération de maintien de l’ordre, se souvient des anciens prisonniers arborant fièrement leurs galons, faisant face aux officiers français et ne montrant aucune peur, tomber sous une rafale de mitraillettes . Tout comme Zonguo Reguema, il précise que ce sont les Blancs qui ont tiré.
Réécriture de l’histoire
Les différents rapports qui ont suivi ce funeste 1er décembre mentionnent un énervement perceptible depuis le débarquement à Dakar du fait que seul l’échange des billets de banque français en billets AOF est effectué. Le général Dagnan énumère les doléances des anciens prisonniers : paiement de l’indemnité de combat de 500 francs, d’une prime de démobilisation, d’une prime de maintien sous les drapeaux, après la durée légale, équivalent à la prime de rengagement . À aucun moment le général Dagnan n’indique le rappel de solde (les trois quarts restant), alors que cette promesse non tenue cristallise les mécontentements. Le 12 décembre 1944, le colonel Siméoni écrit qu’à Morlaix « cette promesse a été faite à la légère pour calmer les prisonniers et pour se débarrasser de ce personnel encombrant. En fait, [ils] avaient perçu plus que leurs droits ».
Insinuer que ces prisonniers ont reçu plus que leur dû alors qu’ils n’ont perçu qu’un quart de leur rappel de solde relève de la pure mauvaise foi. Au déni de ces droits fondamentaux, se superposent les modifications des textes réglementaires.
Ainsi, un télégramme du 18 novembre 1944 de la Direction des troupes coloniales indique que la totalité de la solde doit être payée avant embarquement et non un quart comme prévu initialement. Il attire expressément l’attention sur l’opportunité de régler au mieux et le plus rapidement possible les situations des militaires indigènes coloniaux et prisonniers de guerre.
Dans son rapport écrit le 15 mars 1945, donc bien après le 1er décembre, l’inspecteur général Mérat cite les propos du général Dagnan indiquant que si « le télégramme incitait nettement aux initiatives, il n’est pas certain toutefois qu’[il] autorisait implicitement de s’affranchir des règlements en vigueur ni d’une gestion serrée des fonds publics ». Ces propos laissent supposer que, sciemment, il n’a pas appliqué le principe imposant le règlement de la totalité de la solde.
En décembre 1944, une disposition de la Direction des troupes coloniales mentionne les mesures administratives à appliquer aux colonies pour les anciens prisonniers de guerre en sus des rappels de solde et des paiements de livrets d’épargne : indemnité forfaitaire de 500 francs, prime de démobilisation de 500 francs, sauf pour les tirailleurs admis à se réengager, prime de combat de 500 francs. Ces mesures sont très proches des doléances rapportées par le général Dagnan, dont le fond ne lui avait pas paru sérieux mais plutôt un prétexte à insubordination . Cette contradiction est renforcée par l’inspecteur Mérat qui martèle que les revendications importantes sont généralement injustifiées : « Ainsi les réclamations des ex-prisonniers de guerre étaient fondées sur une faible part, […] en matière de soldes, tous les ex-prisonniers avaient touché en France plus que leur dû, […] les indications ont été données dans la métropole par des personnes irresponsables . »
Le 12 janvier 1945, les instructions pour le bureau colonial confirment les trains de mesures en faveur des anciens prisonniers coloniaux : prime de démobilisation, règlement total de la solde de captivité, indemnité de congé de libération, costume civil du libéré démobilisé, bons de chaussures et linge de corps, « en un mot les mêmes droits et avantages que les libérés démobilisés métropolitains » en réalité les « mêmes droits » sont à géométrie variable.
Les rapports contradictoires de l’armée après la mutinerie de Thiaroye posent question sur leur utilisation dans le processus de clarification des événements. Une lecture comparée des textes réglementaires et des rapports fait apparaître que la revendication majeure des anciens prisonniers – le paiement de la totalité des rappels de soldes – est minorée, voire expurgée des rapports. Plus précisément, tout est commenté pour que les trois quarts de rappel de solde dus n’apparaissent pas en tant que tels. Les forces armées stationnées à Dakar ne voulaient pas ou ne pouvaient pas assurer ce paiement malgré la réglementation formelle. Il « fallait » donc obvier à la preuve d’une revendication des plus légitimes réprimée dans le sang. L’absence de télégrammes officiels réglementant les droits de ces anciens prisonniers dans les archives pourraient s’inscrire dans cette tentative d’occultation ou de travestissement des faits.
Quand la rumeur aide le camouflage d'une responsabilité
Depuis plusieurs années et de manière récurrente une rumeur provenant de diverses sources explique une soi-disant complexité dans le retour des ex-prisonniers à travers l'échange de marks en francs CFA alors que, comme nous venons de le voir, à aucun moment les rapports officiels bien que fallacieux n'évoquent la présence de marks et la difficulté du change avant la mutinerie. Il est difficile de dater l'origine de cette rumeur. La monnaie allemande est évoquée dans une interview d'un ancien prisonnier condamné pour fait de mutinerie, Doudou Diallo, diffusée dans la revue Afrique histoire n°7 de 1983 : « L'aube tragique du 1er décembre 1944 ». À aucun moment Doudou Diallo n'évoque le change de marks en francs CFA à Thiaroye, il indique juste qu'il était en possession de marks d'occupation qui, en fait, était une monnaie qui eut cours très peu de temps au début de l'occupation mais que les personnes durent restituer. Il est probable que des prisonniers aient pu les garder mais cela devait représenter une somme bien marginale. C'est à Morlaix que Doudou Diallo a demandé à les changer. Le film de Sembène Ousmane, Le camp de Thiaroye en 1988 parle d'un problème de change mais de francs français en francs CFA. L'historien sénégalais Mbaye Gueye cite, dans un long article sur Thiaroye, Doudou Diallo mais en situant la demande à Thiaroye alors que c'était à Morlaix : « Enfin ils souhaitaient pouvoir échanger leurs marks d'occupation contre la monnaie qui avait cours en Afrique française ».
Dans une interview diffusée en 2010 sur Internet dans le cadre du cinquantième anniversaire des Indépendances, Ibrahima Thioub, directeur du département Histoire de l'Université Cheik Anta Diop, successeur de Mbaye Gueye, reprend cette interprétation en l'amplifiant car il évoque le paiement en marks du travail de ces prisonniers dans les camps en Allemagne et la difficulté du change . C'est en 1994 que l'historien Yves Benot, pourtant peu suspect d'allégeance avec le pouvoir militaire, indique clairement le change de marks : « Des tirailleurs sont libérés des camps de prisonniers de guerre allemands et démobilisés. Débarqués le 21 novembre à Dakar, ils sont rassemblés au camp de Thiaroye à quelques kilomètres de la capitale. Mais ils attendent de recevoir les arriérés de leur solde et de pouvoir échanger leurs marks ». Ce passage est régulièrement repris sur différents sites internet sans que le livre soit toujours cité et avec parfois des rajouts pour le moins inopportuns comme ici « Mais ils attendent de recevoir les arriérés de leur solde et de pouvoir échanger leurs marks (monnaie officielle de la République fédérale d’Allemagne depuis juin 1948) ». Le passage entre parenthèse ne figure pas dans l'ouvrage d'Yves Benot qui ne donne pas plus d'éléments sur la provenance de ces ex-prisonniers mais en indiquant seulement « des camps de prisonniers de guerre allemands » sans préciser en France occupée, la confusion sur le lieu de détention est alors possible. C'est ainsi que l'on voit apparaître sur des sites internet une nouvelle réécriture de l'histoire :
« Comme si cela ne suffisait pas, bon nombre de ces survivants seront condamnés jusqu’à 2 et 3 ans de prison ferme pour "insubordination". Certains sortaient des camps de concentration nazis ! ». Ainsi la corrélation entre présence de marks et internement en Allemagne et pourquoi pas en camps de concentration se trouve légitimée malgré les travaux antérieurs d'historiens comme ceux de Myron Echenberg . Sur le site royaliste Les Manants du Roi, Philippe Lamarque, docteur en droit, apporte des précisions qui ne font que rajouter de la confusion : « Les autorités militaires françaises veulent les renvoyer au plus vite chez eux. Mais la situation est plus compliquée qu’elle n’y paraît, principalement pour une question d’argent. Capturés en 1940 et réquisitionnés par l’Organisation Todt, chargée des travaux de fortification du Reich - notamment le célèbre « mur de l’Atlantique » -, ces hommes ont perçu leur solde plus un salaire d’ouvrier. Les tirailleurs exigent à bon droit de changer les reichsmarks qu’ils ont reçus contre des francs. Mais cet argent ne vaut plus rien en 1944, pour deux raisons : le Gouvernement provisoire de la République française ne reconnaît pas le change, précédant en cela la disparition du papier-monnaie dans l’Allemagne occupée (à cela s’ajoutent des discordes au sujet des divers régimes de soldes, des primes de démobilisation) ; les nouvelles autorités se méfient de certains Sénégalais qui se sont opposés au raid de la Royal Navy contre Dakar en 1940 - il avait pour but d’assurer un port stratégique dans l’Atlantique à la marine britannique et une assise territoriale aux Français de Londres - nonobstant le ralliement ultérieur de l’AOF ».
Peu de prisonniers de guerre « indigènes » ont été réquisitionnés par l'Organisation Todt qui allait puiser des contingents d'ouvriers auprès des Groupements de Travailleurs Étrangers (GTE) rémunérés non pas en reichmarks mais en francs. De plus, il est surprenant de lire « Allemagne occupée », quant à l'argument de ces Sénégalais s'opposant au raid de la Royal Navy, il est clair qu'aucun des tirailleurs présents à Thiaroye ne pouvaient être concernés car déjà internés en France occupée. Dans cette interview, Philippe Lamarque assure que ce sont les noirs qui ont tiré sur les mutins sous prétexte que les officiers blancs avaient présenté ces ex-prisonniers comme des traitres à la solde de l'Allemagne. S'il est fort probable que cette méthode discréditant ces hommes a pu être utilisée, rien ne permet de dire que leurs frères de couleur les ont tués sur ordre. Les témoignages de Roger Bokandé et Zonguo Reguema contredisent ce discours préservant les officiers français.
La presse nationale s'engouffre également dans la rumeur : « À Thiaroye, la mort pour solde de tout compte. Il y a soixante ans, le 1er décembre 1944, les tirailleurs sénégalais, réclamant leur salaire, furent massacrés. En novembre 1944, l'armée rapatrie à Dakar les tirailleurs sénégalais, démobilisés après avoir été tirés des camps de prisonniers allemands où ils avaient échoué pour avoir défendu la France au combat en juin 1940. Contrairement aux combattants “français” blancs ils n'ont pas reçu leurs arriérés de solde, pas plus qu'on n'a échangé leurs marks ». Avec de telles assertions, il n'est pas étonnant que les lecteurs fassent valoir leur étonnement en demandant pourquoi les Sénégalais ont été libérés en 1944 alors que les prisonniers « blancs » ont recouvré la liberté qu'en mai 1945. En conséquence, certains historiens sont suspectés de trahir une vérité historique qui devient logique. Même si Thiaroye n'a pas suscité de nombreuses recherches chez les historiens, des travaux solides existent cependant depuis plusieurs années . Évidemment, ils n'accréditent pas cette thèse rampante d'une captivité en Allemagne, d'un problème d'échange de marks mais, force est de constater que la rumeur trouve une prégnance par une propagation peu usitée par les historiens : l'image. Dans certains documentaires, se glisse furtivement cet épisode d'échange de marks comme dans « Tirailleurs une mémoire à vif » de Florida Sadki (2006). Le film d'animation de Rachid Bouchareb « L'ami ya bon » (2004) se présente ainsi :
« 1er décembre 1945 - Un jour d'infamie
Des tirailleurs sénégalais sont libérés des camps de prisonniers de guerre allemands et démobilisés. Débarqués le 21 novembre à Dakar, ils sont rassemblés au camp de Thiaroye à quelques kilomètres de la capitale. Mais ils attendent de recevoir les arriérés de leur solde et de pouvoir échanger leurs marks… » et s'achève avec ces mots : « Le 1er décembre 1944 au camp de Thiaroye, les Tirailleurs sénégalais qui réclamaient leurs soldes impayées durant leur détention en Allemagne furent massacrés ». Ce petit film d'animation d'une belle esthétique et d'une grande force visuelle est visionné des milliers de fois via internet. Nous avons prévenu Rachid Bouchareb via la maison de production de cette grave erreur historique mais nous n'avons vu aucune rectification pourtant indispensable pour enrayer cette rumeur qui offre un alibi à la France pour ne pas reconnaître l'ampleur de ses responsabilités dans ce drame.
En découvrant le spectacle de Rap « À nos morts », sur Thiaroye, écrit et joué par Farba Mbaya, mis en scène par Yann Gilg avec les images du film L'ami ya bon en décor (2009), nous constatons que la rumeur ne franchit pas tous les arts. Le texte déclamé est d'une grande sobriété et s'arrête à l'essentiel : la France ne veut pas payer la solde due.
Il est impératif désormais de stopper cette rumeur qui contribue à une construction de l'oubli dont sont toujours victimes ces combattants. La France d'après-guerre a tenté d'effacer les traces de cette tragédie mais aussi de leur présence en terre métropolitaine, effacement toujours à l'œuvre quand on sait qu'un récent hommage en terre bretonne est galvaudé par une inscription erronée sur la stèle érigée en mémoire de ces hommes. L'historienne que je suis, connaissant leur histoire, n'a pas réussi pour le moment, à faire entendre raison. Peut-être faut-il prendre les moyens de grande diffusion comme le cinéma pour parvenir à restaurer une histoire qui ne saurait supporter plus longtemps cette rumeur dommageable à la mémoire de ces hommes et des Français qui ont su leur montrer un bel élan de solidarité.
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Alaric1166
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MessageSujet: Re: mai et juin 40, massacres des Tirailleurs Sénégalais   Sam 9 Juin 2012 - 8:16

Daniel
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Daniel Laurent
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MessageSujet: Re: mai et juin 40, massacres des Tirailleurs Sénégalais   Sam 9 Juin 2012 - 8:21

Bonjour,
Bon, une autre couche, mai-juin 1940 :

Les massacres des soldats noirs de 1940 : Plaidoyer pour une nouvelle approche de « 40 »
Par Julien Fargettas


Durant les années 2000, August von Kageneck connut un succès de librairie en livrant ses souvenirs personnels de la Seconde Guerre mondiale. Celui qui fut « lieutenant de Panzer » participa à la campagne de France dans une unité de cavalerie traditionnelle. Une campagne que l’officier décrit alors sans accroc dans le domaine de la discipline et du respect de l’adversaire, encensant l’impeccable attitude de ses camarades de combat, « généreux avec les vaincus », qui s’étaient « battus avec les honneurs […] et en respectant les « accords de Genève » . Et de se remémorer sa propre punition car sa jument avait endommagé un pré lors d’une divagation nocturne. Une telle description est d’autant plus notable qu’elle s’inscrit dans une réflexion plus large de l’auteur autour de la responsabilité de la Wehrmacht dans les crimes commis sur le font de l’Est à partir de juin 1941. Conformément à l’opinion générale, la campagne de France aurait donc été sans bavure. Une campagne propre livrée entre deux adversaires qui avaient appris à se connaître et donc à se respecter lors de la Grande Guerre. Une perception largement admise en France même où la mémoire commune rejette cet effondrement général et préfère se cantonner aux images d’Epinal délivrées par certaines productions cinématographiques telle que la fameuse « 7ème Compagnie ». La France n’a pas pu, su ou voulu revenir sur ce drame national qui fut, qui plus est, à l’origine de l’Occupation, du régime de Vichy et de l’ensemble des déchirements et des tragédies qu’ils engendrèrent. Les historiens ont coutume de parler de « Trauma » à propos de 1940. La caractéristique première de ce traumatisme est certainement l’amnésie.

Dans ce contexte, l’historiographie de la campagne militaire de mai et juin 1940 s’est longtemps cantonnée aux études tactiques et stratégiques ou bien encore à celle des stocks et de la qualité des armements de chacun des deux camps. La victoire allemande fut d’abord longtemps perçue comme celle d’une armée jeune et enthousiaste pratiquant la Blietzkrieg face à une armée française dépassée, engluée dans les pensées anciennes et dont les soldats ne voulaient pas se battre. Peu importaient le bilan des pertes et les 92 000 morts français en 45 jours de combats. Dès lors, puisque l’on était convaincu que cette guerre fut « Drôle », comment imaginer qu’elle ait pu engendrer un cortège d’atrocités à l’instar de nombre de campagnes livrées par l’armée allemande au cours du conflit ? Les historiens, français comme étrangers, ont longtemps écarté le fait que la campagne de 1940 fut également une guerre de soldats, d’adversaires et d’hommes. En conséquence, très peu d’études partirent à la recherche de ces « combattants de 1940 » . Les témoignages issus du « terrain » sont pourtant éloquents. Les archives françaises recèlent de dizaines de comptes-rendus et de rapports d’officiers et de sous-officiers relatant des combats acharnés parfois suivis d’exactions. A commencer par les rapports des cadres des unités coloniales. Car c’est là l’une des particularités de la campagne. A l’issue des combats et dans les premiers temps de la captivité, les soldats noirs sont victimes d’exactions en tout genre de la part des troupes allemandes : Exécutions sommaires, massacres, fusillades, assassinats de blessés, brimades, mauvais traitements…. A tel point qu’aujourd’hui encore il est impossible de dresser précisément l’état des pertes des unités coloniales et, surtout, de savoir dans quelles circonstances exactes nombre de tirailleurs tombèrent pour la France.

Jamais « La Colo » n’avait participé aussi massivement à l’effort de guerre métropolitain. L’Empire était alors perçu comme un recours face à une Allemagne agressive et à la démographie plus énergique. Et les propagandes de l’époque d’évoquer une « France de 100 millions d’habitants » afin de rassurer une population française finalement peu encline à une nouvelle guerre. La mobilisation en A.O.F. et A.E.F fut massive et sans incident significatif . Les contingents de tirailleurs commencèrent à être transférés en métropole à partir de l’automne 1939 et, en mai 1940, les « Sénégalais » forment l’ossature de 8 divisions d’infanterie coloniale au sein de régiments de tirailleurs sénégalais (R.T.S.) et de régiments d’infanterie coloniale mixte sénégalais (R.I.C.M.S.). Les troupes noires formaient alors une composante de l’armée française très redoutée par le soldat allemand qui les avait découverts lors de la Grande Guerre. Engagés dès 1914, les tirailleurs se distinguèrent au cours des combats et furent assimilées à une troupe d’assaut très efficace en même temps qu’à des soldats exotiques aux mœurs barbares. Une représentation utilisée dès 1915 par la propagande officielle allemande et qui va connaître un ancrage durable au sein de l’armée comme de la société allemande . A cette image de soldat sanguinaire s’agglomère dans les années 1920 celle de l’humiliation liée aux occupations de la Rhénanie et de la Ruhr. La présence de soldats originaires des colonies dans les rangs français provoque une vague d’indignation internationale désormais connue sous le nom de Honte noire ou Schwarze Schände. Les soldats de couleur agresseraient, enlèveraient et violeraient ainsi massivement de jeunes Allemands des deux sexes. La France est accusée de vouloir humilier et d’abâtardir la nation allemande. Une campagne de propagande d’une violence sans précédent inonde toute l’Allemagne, mais également certains pays européens et américains.

Les troupes noires de 1939-1940 qui sont mobilisées pour soutenir l’effort de guerre français sont donc intégrées à ce contexte très particulier dans lequel des stéréotypes racistes occidentaux se conjuguent à de forts ressentiments historiques. Deux aspects que la propagande nazie sait extrêmement sensibles et donc efficaces. Dès 1924, Adolf Hitler fustigeait « l’afflux de sang nègre sur le Rhin » provoqué par l’esprit de vengeance d’une France « guidée par les Juifs » et d’annoncer, déjà, « tous les esprits vengeurs d’une génération » . Dans la rhétorique nazie, le Noir, et en particulier le soldat noir de l’armée française, tient une place très particulière. Et quand il est nécessaire de mobiliser une opinion allemande jugée bien tiède en mai 1940, Joseph Goebbels ordonne à ses services d’utiliser la thématique des troupes noires et de rappeler leur attitude durant les occupations de la Rhénanie et de la Ruhr . Les photographes du front font parvenir des clichés mettant en scène des tirailleurs prisonniers. Les organes officiels accusent les soldats noirs d’atrocités à l’encontre de prisonniers et blessés allemands. Les rapports des services de sécurité notent alors un profond et radical retournement de l’opinion. Un rapport du 10 juin 1940 note ainsi : « Partout on est fermement convaincu qu’il faut aller jusqu’à anéantir totalement la France. Un peu partout dans la population on ne cesse de reprocher que la guerre est menée de façon beaucoup trop humaniste » . Cette évolution brutale des opinions et leur radicalisation illustrent l’ancrage des stéréotypes remis en avant et la vivacité des haines cultivées autour des soldats noirs. Une évolution brutale également observable au sein de la troupe. Alors que les unités allemandes sont au contact d’unités françaises de couleur dès le 13 mai, les premières exactions ne sont signalées qu’à compter du 24 mai sur le front de la Somme. Surtout, elles sont particulièrement nombreuses à partir du 5 juin et de l’offensive allemande dans ce même secteur. Les combats y sont acharnés. Les Coloniaux, retranchés dans des localités comme Airaines, Condé ou Quesnoy-sur-Airaines, sont délogés par le feu et l’artillerie lourde. L’issue des combats est souvent brutale. Le capitaine N’tchoréré (photo ci-contre, musée des troupes de marine), officier du 53ème R.I.C.M.S. d’origine gabonaise, est abattu car il refusait d’être regroupé avec les tirailleurs et non avec les autres cadres du régiment. Le sous-lieutenant Latour, du 44ème R.I.C.M.S. manque de peu d’être passé par les armes et tous ses tirailleurs sont exécutés . Réfugiés dans une église, les blessés du lieutenant Guérin sont menacés d’être fusillés . Si les témoignages directs sont ici peu nombreux, des recherches effectuées par les anciens combattants après-guerre laissent à supposer des massacres plus importants encore puisque des éléments tendent à identifier l’exécution d’une centaine de tirailleurs au lieu-dit « Le bois du Loup », commune de Dromesnil, où près de 120 corps déséquipés furent retrouvés « empilés et enchevêtrés » .

Les massacres de la Somme inaugurent ainsi une longue litanie d’exactions intervenant au fur et à mesure de la progression des troupes allemandes vers le sud. Particulièrement acharnés, les combats de l’Oise donnent lieu à des exécutions nombreuses. Dans le secteur situé à l’ouest de Compiègne, entre St-Just-en-Chaussée et Estrée-Saint-Denis, de nombreux groupes issus d’unités coloniales tentent d’échapper à la capture. Faits prisonniers, blancs et noirs sont séparés et ces derniers connaissent souvent un sort funeste, tels les tirailleurs du lieutenant Dhoste dont le caporal Naya qui, blessé, est achevé de deux balles dans la tête . A la tête d’un groupe d’une cinquantaine de soldats, dont une majorité de tirailleurs, le commandant Carrat est capturé le 10 juin au matin. Vers 8h, un premier groupe de soldats noirs est passé par les armes dans un verger à proximité d’un poste de commandement allemand. Les protestations de l’officier français sont vaines avant qu’un officier allemand ne décide de mettre fin au massacre : « Il y avait une quarantaine de tirailleurs de tués des 16ème et 24ème R.T.S. » . A Erquinvilliers, un blessé français assiste à l’assassinat à coups de révolver de l’ensemble des blessés noirs couchés à ses côtés . Non loin de là, le médecin-lieutenant Hollecker réussit à sauver ses blessés réfugiés dans une cave alors qu’un soldat allemand s’apprêtait à lancer une grenade par le soupirail . Prolongement des assassinats de soldats noirs, les soldats allemands exécutent pour la première fois des cadres coloniaux d’origine européenne qui avaient tenté de défendre leurs tirailleurs ou bien au seul titre de leur commandement de soldats « indigènes ». En 1941 sont ainsi découverts dans une seule et même fosse du bois d’Eraine, commune de Cressonsacq, les corps de 8 officiers français tombés indemnes aux mains des troupes allemandes .

Les exactions à l’encontre des soldats noirs sont ainsi présentes sur l’ensemble du front. Le 12 juin 1940, les tirailleurs du second bataillon du 5ème R.I.C.M.S. sont attaqués par les blindés de la 8ème Panzerdivision sur le territoire de la commune de Tilloy-Bellay, dans le département de la Marne. A l’issue des combats, des civils sont réquisitionnés pour inhumer les dépouilles. Parmi eux, Michel Arnould, alors âgé de 16 ans, découvre une dizaine de corps de tirailleurs accrochés à des arbres, partiellement calcinés, des bidons d’essence à leurs pieds. Dans la bouche de certains d’entre eux, des couverts de cuisine ont été enfoncés . Le même jour, le tirailleur Fa Malle est fusillé à Ancretieville en Seine-Maritime. Tout comme le tirailleur Zadomenghi Angelo à Malagny, dans l’Yonne, le 16 juin 1940, ou bien encore le tirailleur Toko Tamboura le 22 juin 1940 à Bruyères, dans les Vosges. A Coulmiers-le-Sec, en côte d’Or, ce sont trois tirailleurs qui sont abattus contre le mur de l’église. Trois autres tirailleurs sont également exécutés le 18 juin 1940 à Doncourt-sur-Meuse, dans le département de la Haute-Marne. Dans l’Aube, près de la gare de Jeugny, onze tirailleurs qui refusaient obstinément d’abandonner leurs fusils aux soldats allemands sont passés par les armes. Seuls deux d’entre eux pourront être par la suite identifiés. A Sillé-le-Guillaume, dans la Sarthe, quatorze soldats de couleur du 208ème R.A.C.L. sont exécutés . Le procès-verbal des autorités de la commune relate très brièvement la tragédie : « Le 19 juin 1940, vers quatorze heures, Pré Guitet, Boulevard des Jardiniers, l’armée d’occupation a procédé à la suppression d’un détachement de l’artillerie coloniale » .
La perspective de la fin des combats ne met pas fin aux exactions. Le 18 juin 1940, à Clamecy, dans la Nièvre, où de nombreux prisonniers avaient été regroupés, un incident anodin impliquant un tirailleur provoque dans un premier temps l’exécution d’un premier groupe de vingt soldats originaires du Maghreb et d’Afrique noire puis, par la suite, d’un second groupe d’une vingtaine de prisonniers . Le jour suivant, dans le département du Rhône, débutent les combats visant à retarder l’entrée des troupes allemandes dans Lyon pourtant déclarée « Ville ouverte ». Retranchés autour du couvent de Montluzin, les tirailleurs du 25ème R.T.S., appuyés par quelques pièces d’artillerie improvisées, causent des pertes importantes dans les rangs du régiment d’infanterie motorisée GrossDeutschland. Le point d’appui tombé, les soldats allemands achèvent les blessés noirs et exécutent des tirailleurs sur la terrasse du couvent. Quatre artilleurs sont exécutés d’une balle dans la tête. Huit cadres du régiment colonial, dont deux jeunes officiers, sont passés par les armes en bordure de la route nationale n°6. Le régiment éclaté, les troupes allemandes font de nombreux prisonniers parmi lesquels 12 sont fusillés à Champagne-au-Mont-d’Or et une vingtaine d’autres exécutés contre le mur d’un orphelinat, montée de Balmont à Lyon. Le même jour, la division S.S. Totenkopf est à son tour prise à parti par la même unité dans la zone de l’Arbresle. A l’issue des combats, on retrouve le corps d’un civil et de plusieurs tirailleurs exécutés à Eveux, dont 3 fusillés sur un tas de fumier . Le lendemain, les Coloniaux entendant mener des derniers combats « pour l’honneur », des engagements violents ont encore lieu dans la région à l’issue desquels de nouvelles exactions sont perpétrées. A Lentilly, 16 tirailleurs sont fusillés. A Chasselay, 51 autres sont tués par le feu d’armes automatiques au cours d’une exécution préparée . Il semble même que des exécutions aient eu lieu par la suite dans Lyon occupée puisque certains témoignages font état d’exécutions de civils nord-africains dans les caves de la préfecture . A Rouen déjà, alors que la ville était dans les mains des troupes allemandes, les services de la ville avaient enregistrés entre le 9 et le 15 juin le décès de 17 « individus de race noire » dont 11, déclarés « inconnus », sont retrouvés dans une seule propriété de la ville . Ces deux derniers épisodes illustrent les nombreuses zones d’ombre qui demeurent aujourd’hui encore autour de certains événements. En l’absence de témoin directe ou d’information fiable, les présomptions de massacre sont encore nombreuses comme à Graffigny-Chemin (Haute-Marne) et Chateauneuf-sur-Loire (Loiret) où la mémoire locale fait état d’exactions alors qu’aucun témoignage direct ou éléments probants n’ont pu corroborer ces dires. Dans un registre légèrement différent, dans le département de l’Aube, le recensement de l’ensemble des dépouilles de soldats tombés lors des combats de 1940 permet d’imaginer le sort réservé à nombre de tirailleurs tombés dans la région. A Channes, les autorités communales découvrent sur une seule propriété les corps, disposés les uns à côté des autres, de vingt-huit tirailleurs dont une grande part ne put être identifiée . Par ailleurs, dans deux propriétés distinctes de Balnot-la-Grange, et dans la même disposition que précédemment, sont respectivement relevés dix et trente-quatre corps de « soldats noirs sans aucun renseignement » . Aucune autre donnée ne vient néanmoins appuyer ou préciser les renseignements préfectoraux.

Ici interviennent donc les limites de nos recherches. En dépit de nombreux actes rapportés dans les rapports français, ces derniers sont souvent trop imprécis car écrit sur la base de souvenirs issus du combat ou bien encore rédigés après plusieurs années de captivité. Les témoignages de civils manquent également, nombre d’entre eux étant alors sur les routes de l’Exode ou bien terrés dans un abri. Enfin, à l’exception d’une enquête judiciaire débutée dans l’Oise en 1945, aucune investigation officielle ne fut menée afin de connaître l’importance de ces exactions, ni encore pour identifier les unités allemandes incriminées. Ces dernières, bien entendu, se gardèrent bien de consigner de tels événements dans leurs journaux de marche. Si bien qu’il est aujourd’hui impossible d’évaluer précisément l’importance prise par ces exactions. Pis, l’incertitude demeure sur les circonstances exactes de la mort d’un grand nombre de soldats noirs. Une incertitude rendue plus forte encore par le fait qu’une grande part des dépouilles de tirailleurs n’a pu être identifiée. Dans le seul département de l’Aube, 74% des dépouilles de soldats noirs sont déclarées « inconnues », faute d’élément permettant leur identification, plaque ou papier d’identité. A titre de comparaison, dans ce même département, seuls 14% des corps de soldats blancs ne peuvent être identifiés. Et le constat est similaire dans l’Yonne, le Rhône ou encore en Haute-Marne. Le pillage des corps, et donc la notion de fierté à laquelle il se rattache, fait partie intégrante de la dimension du massacre.

Appartenant au vocabulaire cynégétique, le mot massacre désigne d’abord une tuerie importante de gibier puis un trophée de chasse. Par bien des aspects, les massacres de tirailleurs observés en 1940 s’apparentent à de véritables traques : traques des groupes isolés et en fuite ou bien traque des blessés et des prisonniers. La nature des combats de 1940 a favorisé le développement de cette chasse aux soldats noirs. Des traques parfois organisées comme à Chasselay où les soldats allemands demandent d’abord aux tirailleurs de prendre la fuite en courant afin de mieux agrémenter leurs tirs. Ou bien comme à Mareuil-la-Motte, dans l’Oise, où un officier allemand se distrait à poursuivre à cheval des soldats noirs et à les abattre à coups de pistolet . Au-delà de la fierté qu’elle exprime, celle d’avoir vaincu cet ennemi redouté et honni, la recherche de trophées prive souvent les corps de tout moyen d’identification. Les cadavres perdent ainsi toute valeur reposant sur leur identité, leur origine, leur histoire, leur famille. L’absence d’identification les prive également de toute reconnaissance, à la fois familiale et, dans une moindre mesure, officielle. Il s’agit là d’une seconde mort pour ces soldats et on ne peut exclure que cette impossibilité d’identification fréquemment observée pour les dépouilles de soldats noirs ne soit volontaire, contribuant ainsi à nier toute humanité à ces soldats finalement jamais admis dans la sphère humaine par leur adversaire allemand. C’est ce que supposent également les consignes données par les autorités allemandes au sujet des dépouilles des soldats noirs, lesquelles sont dans de nombreuses régions interdites d’inhumation et, surtout, de tout type de célébration. Les massacres et autres exécutions sommaires avaient ainsi contribué à affirmer une supériorité du soldat allemand sur sa victime en même que la fierté provoquée par cette victoire. Les actes liés au pillage des corps, à leur empêchement d’identification, à la volonté de les voir inhumer de manière civilisée et humaine et au refus de les voir honorés comme n’importe quelle dépouille de soldat français prolongent cette première démarche d’affirmation d’une certaine suprématie. Ils contribuent également à refuser aux soldats noirs le caractère de soldat et tout ce que cela implique notamment en terme de respect des lois de la guerre, un tel refus pouvant par ailleurs servir a posteriori de justification comme dans l’injonction de la Kommandantur de Marcelcave qui va jusqu’à rappeler les accusations de « sauvagerie » déjà émises durant la campagne . Enfin, ils concourent à nier, voir à effacer l’humanité de ces soldats et donc à les reléguer au rang de « sous-hommes », quand ils ne sont pas considérés comme de simples animaux dont les dépouilles doivent être laissées aux soins de leurs congénères.

Les déclarations des soldats allemands sur le terrain ne donnent d’ailleurs pas une autre image des soldats noirs. Les métaphores à leur endroit sont nombreuses et tendent à rappeler systématiquement leur « sauvagerie » ou bien leur animalité. Dans la Somme, les officiers allemands qui visitent le poste de secours du lieutenant Guérin où sont soignés des tirailleurs blessés désignent ces derniers sous le vocable de « bêtes » . Dans le Rhône, un officier allemand observant un groupe de tirailleurs prisonniers s’adresse en ces termes au maire de la commune de Lentilly : « Ce sont vos amis les chiens » . Les représentations largement diffusées lors de la Grande Guerre et des occupations de la Rhénanie et de la Ruhr et reprises, nous l’avons vu, par la propagande nazie, contribuent largement à cette animalisation du soldat noir. Une animalisation qui se conjugue également avec les accusations de « sauvagerie » liées à leurs caractères exotique et colonial. Aux yeux de nombre de soldats allemands, les tirailleurs sont de simples « sauvages » reproduisant leurs archaïques modes de vie, et donc de mise à mort de l’adversaire. Une mise à mort vile, souvent sournoise et conclue par toute sorte de mutilations. L’officier allemand qui, dans l’enceinte du couvent de Montluzin, discute avec le lieutenant d’artillerie Pangaud exprime ainsi cet enchaînement : « ces gens-là ne sont pas des hommes, ce sont des bêtes. Ils l’ont encore montré aujourd’hui » . Au sein de ce processus de stigmatisation, le coupe-coupe devient le symbole et la preuve de cette « sauvagerie ». La découverte de cette arme blanche déclenche la colère des vainqueurs. Capturé dans l’Oise avec un groupe d’officiers français qui allaient par la suite connaître un sort tragique, le sergent Long rapporte la colère de l’officier allemand qui les avait faits prisonniers : « Je me rappelle que l’Officier commandant les forces ennemies n’était pas content des nôtres parce que ces derniers commandaient des Sénégalais. L’officier allemand disait, tenant un coupe-coupe, l’arme individuelle du tirailleur : « c’est ça votre guerre, salauds », en bon français » . Un sentiment communément admis et qui bien souvent sert d’alibi aux soldats allemands soucieux d’expliquer leurs gestes de rétorsion. Un alibi également imaginé par les tortionnaires du préfet Jean Moulin qui refuse de signer, à Chartres, un document accusant les troupes noires d’exactions sur des civils . Car l’exécution des soldats noirs n’a jamais fait l’objet d’un ordre général donné avant ou au cours de la campagne. De manière plus sournoise, le commandement allemand a laissé faire quand il n’a pas participé directement aux exactions comme le rapportent différents rapports français démontrant l’implication d’officiers subalternes ou supérieurs, voir d’officiers généraux. Considérant les nombreuses exactions donc furent victimes les soldats de couleur et le contexte dans lequel elles purent être commises, la campagne de France n’est plus la parenthèse d’humanité accordée par l’armée allemande entre les campagnes de Pologne et de Russie.

L’historiographie récente a mis en avant l’implication de la Wehrmacht dans les politiques d’extermination raciale et politique initiées par le régime nazi. Des campagnes d’élimination faisant partie prenante des guerres menées par le régime sous le vocable de guerre d’extermination ou Vernichtungskrieg. En Pologne déjà, des Einsatzgruppen avaient reçu pour mission d’éliminer les élites locales et les populations juives dans le sillage et avec l’appui des forces armées . Des massacres dans lesquels des soldats de la Wehrmacht sont parfois impliqués et pour lesquels ils ne seront que très légèrement punis avant d’être amnistiés. Le précédent était ainsi créé. L’assassinat de « sous-hommes » ou d’ennemis politiques est ainsi validé, tout du moins toléré. Par la suite, sur le front russe, les consignes d’élimination seront beaucoup plus explicites et précéderont le lancement de l’offensive. Le soldat noir, ennemi craint en même temps que haï pour le symbole qu’il représente, a ainsi été l’une des victimes de ce processus de brutalisation des soldats allemands et de leur appropriation de la rhétorique nazie et de leurs funestes conséquences. Figurent ainsi parmi les unités incriminées, des unités de la Wehrmacht comme de la Waffen S.S. Des unités de blindés, de cavalerie ou d’infanterie parmi les plus traditionnelles comme parmi les unités d’élite comme le régiment GrossDeutschland. Des exactions parfois clairement revendiquées comme dans le film, Sieg im Westen, réalisé en été 1940 à la gloire de la 7ème Panzeridivision du général Rommel. Réalisé directement par l’officier, le film reconstitue notamment les combats de la Somme. Des tirailleurs prisonniers font office de figurants et doivent courir devant des blindés. De l’aveu même de Rommel, « Nous n’avons pas ménagé nos efforts pour montrer comment ça s’est réellement passé. Il y avait encore aujourd’hui des Noirs pour le tournage. Les gars se sont bien amusés et ont aimé tout particulièrement leur faire lever les mains une fois de plus » . Un tournage tellement réaliste que nombre de figurants y laissent leur vie.
Si les massacres de soldats noirs paraissent les plus emblématiques de la campagne, ils ne furent néanmoins pas isolés puisque des civils et des soldats français furent également victimes des exactions allemandes. Dans le nord de la France en particulier, de nombreux civils furent passés par les armes par des soldats allemands se retranchant derrière des accusations souvent abusives d’actions de francs-tireurs, autre représentation issue des conflits franco-allemands précédents. A Aubigny-en-Artois, 92 civils furent ainsi fusillés dont près de 70 d’entre eux après avoir été regroupés dans une carrière. A Oignies, fin mai 1940, 80 autres civils furent exécutés et près de 400 maisons volontairement détruites. Les massacres de soldats français semblent avoir laissé moins de traces encore et ne sont signalés que de manière épisodique comme à Sainte-Suzanne, près de Montbéliard où 5 soldats du 61ème régiment régional furent fusillés. A la suite des combats livrés dans les Vosges, 10 soldats du 55ème bataillon de mitrailleurs et 26 autres du 146ème régiment d’infanterie de forteresse sont respectivement exécutés à Dounoux et Domptail les 19 et 20 juin 1940 . Rommel, dans ses mémoires, avouera par ailleurs avoir fait exécuter un officier français qui refusait de rentrer dans son blindé.
Les zones d’ombre sont donc encore nombreuses. Bien plus qu’une attention supplémentaire, la campagne de mai et juin 1940 mérite de nouveaux regards. La tragédie des tirailleurs en est un des exemples. Mai et juin 1940 méritent une place à part entière dans l’historiographie des crimes de guerre de la Seconde Guerre mondiale qui jusqu’à maintenant à bien souvent focalise ses attentions sur les exactions perpétrées à l’Est à compter du 22 juin 1941.
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GS.59
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MessageSujet: Re: mai et juin 40, massacres des Tirailleurs Sénégalais   Sam 9 Juin 2012 - 8:22

Gustite nous parle de 1000 soldats et Daniel nous dit que le bilan officile est de 24, quel écart !
Sait-on combien ont été réellement tués même si, je vous l'accorde, même un seul aurait été de trop.

Peut-être faut-il prendre les moyens de grande diffusion comme le cinéma pour parvenir à restaurer une histoire qui ne saurait supporter plus longtemps cette rumeur dommageable à la mémoire de ces hommes et des Français qui ont su leur montrer un bel élan de solidarité.
Je suppose que Daniel pense à Indigènes, ce film qui a permis de réparer l'insuportable différence de traitement des retraites pour les anciens combattants des Goumiers et autres combattants Nord-africains ayant participé à sauver l'honneur en combattant pour la France Libre.


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Daniel Laurent
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MessageSujet: Re: mai et juin 40, massacres des Tirailleurs Sénégalais   Sam 9 Juin 2012 - 8:29

GS.59 a écrit:
Gustite nous parle de 1000 soldats et Daniel nous dit que le bilan officile est de 24, quel écart !
Attention, ce n'est pas moi qui parle de 24 morts, c'est Armelle Mabon, l'auteur de l'article.
Historienne, Maître de conférences à l’Université Bretagne-Sud, elle s'est spécialisée dans l'histoire des tirailleurs et est au sommaire du DGM 2.
Bibliographie :
Les prisonniers de guerre "indigènes", Visages oubliés de la France occupée, La Découverte, janvier 2010.
La singulière captivité des prisonniers de guerre africains (1939-1945), in Les prisonniers de guerre dans l'Histoire, Contacts entre peuples et cultures, sous la direction de Sylvie Caucanas, Rémy Cazals, Pascal Payen, Toulouse, Privat, 2003, pp.137-155.
La tragédie de Thiaroye, symbole du déni d'égalité, Hommes et Migrations, n° 1235, janvier-février 2002, pp. 86-97.
Les prisonniers de guerre coloniaux durant l'Occupation en France, Hommes et Migrations, n° 1228, novembre-décembre 2000, pp.15-28.
L'action sociale coloniale, l'exemple de l'Afrique occidentale française du Front populaire à la veille des Indépendances, Paris, L'Harmattan, 2000, livre tiré de la Thèse de Doctorat d’Histoire de l’auteur.
Les assistantes sociales au temps de Vichy, du silence à l'oubli, Paris, L'Harmattan, 1995
De Vichy a la libération, un service social en trompe-l'œil, Université Paul Valéry Montpellier 3, 1990, Mémoire de Maîtrise AES qui a valu à l’auteur de 2ème prix Marcel Paul attribué par la FNDIRP en 1993.
Documentaire :
Oubliés et Trahis Les prisonniers de guerre coloniaux et nord-africains avec Violaine Dejoie-Robin (réalisatrice) et Grenade Productions (Paris), 2003.
A voir sur la Toile [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
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GS.59
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MessageSujet: Re: mai et juin 40, massacres des Tirailleurs Sénégalais   Sam 9 Juin 2012 - 8:35

Le 17 juin 1940, un certain préfet d’Eure et Loir a préféré se trancher la gorge avec un morceau de verre plutôt qu’accuser à tort d’exactions sur des civils des T.S comme le lui demandaient les nazis.
Les civils avaient bien sûr été tués par les nazis.
C’est pour cacher la cicatrice de ce suicide raté que Jean Moulin portera une écharpe comme on le voit sur les photos d’époque.

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Dernière édition par GS.59 le Sam 9 Juin 2012 - 21:24, édité 1 fois
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Gustite
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MessageSujet: Re: mai et juin 40, massacres des Tirailleurs Sénégalais   Sam 9 Juin 2012 - 9:13

Bonjour,
Le chiffre je l'avais lu quelque part sur le net..faut que je retrouve!

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Salutations amicales
Didier
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MessageSujet: Re: mai et juin 40, massacres des Tirailleurs Sénégalais   Mer 17 Mai 2017 - 9:46

rappel important avec forte participation de Daniel

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Gustite
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MessageSujet: Re: mai et juin 40, massacres des Tirailleurs Sénégalais   Dim 21 Mai 2017 - 19:28

En fait su le lien ci dessous, on parle de 35 morts, j'ai confondu entre le nombre de soldats morts et les 1200 soldats dans le camps!
Désolé


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MessageSujet: Re: mai et juin 40, massacres des Tirailleurs Sénégalais   

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