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 22 Novembre 1944, Libération de Saverne

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thegate ( Gaétan )
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MessageSujet: 22 Novembre 1944, Libération de Saverne   Mar 22 Nov 2011 - 17:37

22 Novembre 1944, Libération de Saverne par la 2e DB du Général Leclerc - récit par l'abbé Guy Joseph CRIQUI
22 novembre 1944, Libération de Saverne par la 2e DB du Général Leclerc
Récit par l'abbé Guy Joseph CRIQUI à l'occasion du 65e anniversaire de la libération en Eglise Notre-Dame de la Nativité.

J'ai 15 ans. Le matin du 22 novembre 1944, le ciel est bas sur Saverne. Une petite bruine tombe.
On savait que les Américains n'étaient pas loin. Certains disaient qu'ils étaient à Baccarat. On les attendait avec impatience, mais rien à l'horizon durant trois semaines.
L'organiste de l'église Notre Dame de la Nativité ayant déjà pris la poudre d'escampette, je devais jouer une messe de Requiem à 7h00 du matin ; il y avait à cette époque beaucoup d'enterrements. En rentrant de la messe vers les 8h00, je vois un petit avion survoler Saverne. Un vieux paysan du Niederbarr me dit : « ils ne sont pas loin ! ». Vers 9h30, la rue de Gottenhouse, devant notre maison (au N°25), est agitée. Face à notre maison, où habitait le médecin militaire allemand Horn, qui avait disparu, une petite troupe autour du Général Bruhns, organisateur du Volkssturm dans la région de Saverne, s'est installée avec l'état major.
La population savernoise est descendue dans les caves et les abris.
Vers 12h30, le long de la rue venant de Haegen (l'actuelle rue du Général Leclerc), descendent des engins militaires que je n'avais jamais vus dans l'armée allemande —des jeeps. Dans la rue de Gottenhouse descendent de petits soldats, qui se dirigent vers la maison face à la nôtre : ils cherchent le Général Bruhns.
Le gros des troupes allemandes est posté au Col de Saverne. Ils attendent les Alliés. Or, avec son génie militaire, Leclerc a pris le pari de prendre tout le monde à revers en traversant les Vosges par un endroit réputé infranchissable à cette période. « Si cet endroit est infranchissable, c'est là que nous passerons ! ». Au Rehtal, trois colonnes se scindent.
Nous attendions des Américains. N'ayant pas eu le droit de parler français pendant plusieurs années, je m'adresse aux militaires avec mes quelques mots d'anglais. Je m'entends répondre, en français : « nous ne comprenons pas l'Alsacien ; nous sommes français, de la 2è" D.B de Leclerc ! ».
Bien plus tard, le Général de Boissieu — gendre du Général de Gaulle -, m'a raconté qu'en arrivant à Wasselonne, il entre dans un troquet en uniforme. les Allemands sont encore en train d'y faire la fête, insouciants. La salle est tellement enfumée qu'il passe inaperçu. C'est dire combien les Allemands ne s'attendaient pas à voir arriver les troupes françaises ! De Boissieu part immédiatement pour Birckenwald pour en avertir Leclerc, afin que Massu parte le plus rapidement possible vers Strasbourg. J'apprends que la colonne descendue par la rue de Haegen et de Gottenhouse était commandée par Mingeonnet. Un autre sous-groupement, commandé par Massu, a contourné Saverne par le Sud (Wangenbourg, Birckenwald), alors que Rouvillois menait ses troupes par le Nord (La Petite Pierre, Neuwiller, Dettwiller). Saverne est encerclée par les troupes françaises, sans vraie résistance. Mingeonnet remonte le Col. les Allemands sont pris à revers. Il y a là quelques combats et des morts.
Je cours à la maison informer ma mère, et ressors avec le chapeau scout de mon grand frère, qui était à ce moment incorporé de force dans l'armée allemande, « Malgré-nous », prisonnier par les Russes dans le camp de Tambov. Tragédie des Alsaciens...
Je redescends vers l'église. Vers 14h00, le Curé Becker veut absolument sonner les cloches. Mais il n'y a plus d'électricité. Des petits groupes de soldats allemands tirent en direction de l'église. D'autres sont réfugiés dans l'église. Un soldat français m'interdit de monter au clocher. Le Curé Becker y va, et parvient, manuellement à actionner les cloches qui sonnent la libération.
Des amis me rejoignent. Nous décidons d'aller à l'Hôtel de Ville pour nous armer. A mon grand étonnement, je tombe face-à-face avec mon père en grand uniforme d'officier français du 10'" Chasseur. Mon père me donne une claque, me refuse un fusil et me demande de rentrer à la maison dire à Maman qu'il est là. Il me rappelle que j'ai encore un frère sur le front Est, dont on est sans nouvelle.
Le soir même, le viaduc de chemin du fer entre Saverne et Otterswiller est encore dynamité par les Allemands, dans leur fuite.
Les troupes de Leclerc ne s'attardent pas à Saverne. Ils filent vers Strasbourg, par Dettwiller. Rouvillois est le premier à entrer dans Strasbourg par le Nord, le 23 novembre.
Les jeunes savernois, dont je fais partie, se chargent de garder les prisonniers ; ils sont près de 2000 regroupés au Cercle catholique St Joseph, à l'école Poincaré et aux Missions St Florent. Il faut attendre l'arrivée des Américains, par le Col de Saverne, plusieurs jours après.

En 1998, j'ai eu l'honneur de représenter l'Archevêque de Strasbourg à Tambov, dans la forêt de Rada (à 600 km de Moscou), aux côtés du Secrétaire d'Etat aux anciens combattant, M. Masseret, et d'Adrien Zeller, Maire de Saverne et Président de la Région Alsace. J'y ai rappelé toute la tragédie de l'Alsace : mon père, portant l'uniforme français, aurait pu tirer sur son fils, qui portait l'uniforme allemand... ou inversement...
En 1990, je suis le premier Aumônier militaire du nouveau Corps européen, aujourd'hui composé de troupes française, allemande, belge et espagnole. Le premier Général est un allemand. Il a dans son bureau une grande photo de son héros : le Maréchal Rommel. « Wieso kônnen Sie so gut Deutsch ? », me demande-t-il. Je lui réponds : « Ich habe Deutsch gesprochen vor lhpnen ! ». Je souligne que le Maréchal Leclerc, le libérateur de Strasbourg, aurait aussi sa place dans ce bureau. Il ne dit pas mot. Mais quelques mois plus tard, la photo de Rommel est remplacée par la photo du Général de Gaulle serrant la main du Chancelier Adenauer.

Mes chers amis,
Quand on parle de la libération de Saverne et de notre chère Alsace, nous devons aussi libérer nos cœurs. La guerre est finie depuis 65 ans, mais il y a des ennemis qui rôdent, sans uniforme : l'injustice, la haine, la violence, le racisme. Nous devons rester veilleurs pour que règnent les valeurs qui ont toujours été défendues par Leclerc : l'honnêteté et la droiture, au service d'un idéal. Cet idéal chrétien que l'épouse du Maréchal Leclerc a porté très longtemps. La Maréchal est demeuré fidèle tant qu'elle a pu à Strasbourg et a participé à de nombreuses reprises au pèlerinage militaire international à Lourdes. Si vous vous êtes battus, si vous êtes venus libérer l'Alsace, c'est à partir de ces valeurs, pour que la paix règne sur notre pays et notre continent, et que ces horreurs de la guerre n'arrivent plus jamais, plus jamais, plus jamais.


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Gustite
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MessageSujet: Re: 22 Novembre 1944, Libération de Saverne   Mar 22 Nov 2011 - 21:06

Magnifique ce récit et moi qui suis voisin des Alsaciens, je me retrouve parfaitement dans mon coeur et mon esprit!
En plus je connais bien les lieux du recit, j'y suis souvent passé....

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Salutations amicales
Didier
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thegate ( Gaétan )
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MessageSujet: Re: 22 Novembre 1944, Libération de Saverne   Mar 22 Nov 2011 - 21:37

Salut, je suis content que ça tes plus.
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GS.59
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MessageSujet: Re: 22 Novembre 1944, Libération de Saverne   Dim 22 Nov 2015 - 16:00

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En ces temps difficiles, il convient d'accorder notre mépris avec parcimonie, tant nombreux sont les nécessiteux.Citation de François René, vicomte de Chateaubriand  [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
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MessageSujet: Re: 22 Novembre 1944, Libération de Saverne   

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